13 avril 2025
Marathon de Paris
Pourquoi le marathon de Paris ?
Je voulais courir ce marathon pour célébrer mes 50 ans. Pour célébrer la vie.
Depuis l’enfance, le marathon était là. Pas comme un objectif précis, mais comme un rêve posé quelque part au fond de ma mémoire. Un désir silencieux, presque secret, qui me faisait vibrer sans que je n’ose jamais vraiment l’attraper. Je regardais ces coureurs à la télévision, fascinée par leur détermination, leur force intérieure, cette lumière particulière dans le regard de celles et ceux qui vont au bout d’eux-mêmes. Je me disais souvent : « Un jour, moi aussi… »
Et puis le temps a passé. On remet ses rêves à demain. Et demain devient plus tard. Puis presque jamais. La vie avance, avec ses obligations, ses priorités, ses urgences… jusqu’au jour où elle s’arrête brutalement pour vous rappeler l’essentiel.
Il a fallu que la maladie bouscule ma trajectoire pour que ce rêve reprenne toute sa place. Pendant les chimiothérapies, alors que mon corps se fragilisait jour après jour, c’est mon cœur, lui, qui devenait plus fort. Plus combatif. Plus vivant. Face aux traitements lourds, à la douleur, à la fatigue, à ce corps qui diminuait, j’ai ressenti une envie viscérale : vivre. Me dépasser. Refuser de me réduire à la maladie.
Face à l’incertitude et à mes peurs, j’ai choisi d’y croire. J’ai choisi la vie. J’ai choisi de me battre, comme une lionne enragée. Un jour, j’ai pris un stylo. Sur une simple liste de rêves, j’ai écrit noir sur blanc :
« Marathon de Paris 2025 »
Avec une pensée silencieuse mais puissante : si je suis encore là.
Je voulais courir ce marathon pour célébrer mes 50 ans. Pour célébrer la vie. Pour célébrer Paris, ma ville. Celle où je suis née le 24 juin 1975, dans le XIXᵉ arrondissement. Paris n’est pas seulement un décor : c’est une partie de moi. Y réaliser ce rêve avait une portée profondément symbolique.
Le marathon est un défi immense. 42,195 kilomètres qui dépassent largement le cadre sportif. Une distance qui exige humilité, patience, rigueur, et la capacité à avancer même quand tout en soi crie d’arrêter. Pendant des mois, la préparation a structuré mes journées, mon mental, mon énergie. Chaque sortie, chaque pas, chaque effort avait un sens : celui d’aller au bout de ce rêve longtemps repoussé.
Je ne pensais pas être là pour fêter mes 50 ans. Et pourtant, le 13 avril 2025, j’étais sur la ligne de départ. Bien vivante. Déterminée. Émue. Courir ce marathon, ce n’était pas seulement cocher une case sportive. C’était m’offrir un cadeau immense. Une victoire sur la maladie. Un hommage à la résilience. Une sortie radicale de ma zone de confort, pour prouver que, malgré tout, les rêves restent possibles.
J’ai voulu donner à cette course un sens encore plus fort. J’ai couru avec un dossard solidaire et réussi à récolter 5 855 € pour la recherche contre le cancer. Transformer l’effort individuel en espoir collectif. Courir pour celles et ceux qui se battent encore. Courir pour ceux qui ne le peuvent plus.
Pendant ces 42,195 kilomètres, j’ai traversé des vagues d’émotions intenses. J’ai pleuré. Beaucoup. Les souvenirs sont remontés : la peur, la douleur, les traitements, l’attente. J’ai pensé à ceux qui sont partis trop tôt, à ceux qui luttent aujourd’hui. Et puis j’ai souri. Fière d’être là. Fière d’avancer dans ma ville, portée par l’énergie incroyable du public. Fière d’avoir tenu.
Les derniers kilomètres, je les ai courus avec le cœur et avec la tête, portée par une force intérieure que je ne soupçonnais pas. Je pensais à l’abnégation, à la discipline, à la constance qu’il avait fallu rassembler jour après jour, pas après pas.
Franchir la ligne d’arrivée n’a pas été qu’un accomplissement sportif. C’était un acte d’amour. Envers la recherche. Envers la vie. Envers moi-même.
Aujourd’hui, je suis fière. Fière de ce corps qui a tenu. Fière de cette femme qui n’a pas renoncé. Ce marathon restera à jamais le symbole d’un rêve réalisé, d’une renaissance, et de cette vérité profonde : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.